Un taxidermiste vit reclus dans son appartement de Buenos Aires et souffre d'épilepsie. Mais sous ses airs moroses, et grâce à une mémoire visuelle peu commune, il imagine inlassablement les plans du braquage parfait.

Tout cela reste de l'ordre du fantasme, jusqu'au jour où, lors d'une partie de chasse au cerf en Patagonie, il abat par erreur un braconnier dont il découvre, en fouillant ses affaires, qu'il préparait un braquage bien réel. Tout est minutieusement préparé, et notre homme décide de ne pas laisser passer pareille occasion.

Ce qui intéresse d'abord le réalisateur, Fabian Bielinsky, c'est le mécanisme du fantasme – comment cet homme croit aveuglément pouvoir maîtriser le déroulement du braquage alors qu'il ne supporte pas la moindre effusion de sang (évidemment, le braquage parfait se termine par un carnage des plus minables).

Le scénario est très bien ficelé, la tension constante malgré un rythme assez lent, et le héros (ou anti-héros plutôt) est incarné de façon très convaincante par Ricardo Darin, l'acteur phare du nouveau cinéma argentin. Dans une veine réaliste, avec de beaux plans de forêt et des personnages secondaires très « gueules cassées », le film joue sur les codes du film noir, et dresse le portrait intimiste d'un homme effacé et rongé par la solitude, qui, puisque les choses ne sont pas ce qu'il imaginait, devra assister à l'écroulement de ses certitudes et de ses illusions.